Les derniers chiffres publiés par la police fédérale pour le quatrième trimestre 2025 dressent le constat inquiétant sur les violences intrafamiliales qui continuent de progresser partout en Belgique !
Derrière ces statistiques se cachent des centaines de victimes, avec des histoires parfois marquées à vie par les violences subies.
Dans ce rapport, les violences intrafamiliales sont réparties en quatre catégories : les violences physiques, sexuelles, psychiques et économiques. Chacune est ensuite distinguée selon qu’elle concerne les violences au sein du couple, envers les descendants (les enfants) ou envers d’autres membres de la famille.
Parmi ces différentes formes de violence, les violences physiques restent de loin les plus nombreuses !
A Bruxelles, les faits de violences physiques commis envers les descendants ont connu une augmentation significative : le nombre d’enregistrements est passé de 497 en 2020 à 627 en 2025, soit une hausse de 26 %.
A l’échelle nationale, on fait le même constat avec environ 30% d’augmentation (3.656 faits en 2020 et 4.743 en 2025).
Cette progression tire une sonnette d’alarme indéniable : il est urgent de renforcer les politiques de prévention, d’améliorer l’accompagnement des victimes et de poursuivre davantage les efforts pour lutter contre un phénomène qui touche de nombreuses familles et continue de gagner du terrain dans la société belge.
Des chiffres qui ne racontent qu’une partie de la réalité dû à un sous-signalement important
Aussi préoccupantes soient-elles, les statistiques de la police fédérale ne reflètent qu’une partie du phénomène. Les violences intrafamiliales restent largement sous-déclarées, laissant dans l’ombre un nombre important de victimes qui n’osent jamais franchir les portes d’un commissariat.
Combien de femmes, victimes de violences renoncent à porter plainte par peur des représailles ? Combien d’enfants sont en mesure de dénoncer eux-mêmes un parent violent ? Derrière chaque chiffre officiel, se cachent des situations qui n’apparaîtront peut-être jamais dans les statistiques officielles…
Il faut souligner que les violences économiques constituent également une réalité souvent méconnue, mais tout aussi importante.
En 2025, on dénombre 1.301 faits de violences économiques au sein du couple en Belgique. Privées de leur autonomie financière ou administrative, de nombreuses victimes se retrouvent enfermées dans une relation de dépendance toxique.
Pour certaines, quitter leur partenaire signifie ainsi basculer dans une précarité encore plus grande.
Cette vulnérabilité est renforcée par certaines dispositions légales également : en Belgique, une personne arrivée, par exemple, via un regroupement familial qui décide de mettre fin à sa relation au cours des trois premières années — voire cinq ans dans certaines situations — risque ainsi de perdre son titre de séjour et de recevoir un ordre de quitter le territoire.
Une réalité qui a fait l’objet de quelques-unes de mes interventions au sein du Parlement bruxellois, où cette législation est pointée comme un frein supplémentaire pour les victimes souhaitant échapper aux violences.
De nombreuses associations appuient cette même perspective : pour certaines victimes, quitter un conjoint violent reste impossible, notamment en raison de leur dépendance économique ou administrative.
Une autre réflexion s’impose alors : pourquoi est-ce encore si souvent à la victime de quitter le domicile familial ? Aujourd’hui, ce sont généralement les femmes et leurs enfants qui doivent partir, reconstruire leur vie, changer d’école et trouver un hébergement d’urgence. Pendant ce temps, l’auteur des violences conserve son logement et son quotidien.
Cette logique doit être renversée : c’est-à-dire que lorsqu’un partenaire est violent, c’est à lui de quitter le domicile et d’être pris en charge afin de mettre fin aux violences et d’engager un véritable accompagnement efficace afin de réduire les récidives.
Agir à la source des violences
Des exemples de bonnes pratiques existent, par exemple, en France, où il y a des structures comme le Home des Rosati, à Arras, qui accueille des auteurs de violences conjugales.
Ils y bénéficient d’un accompagnement, d’un cadre strict et d’un suivi destiné à prévenir les récidives. Pourquoi ne pas envisager de développer un dispositif similaire à Bruxelles ?
Protéger les victimes doit rester une priorité absolue. La prévention de nouvelles violences en prenant en charge les auteurs est tout aussi crucial. Car chaque récidive évitée, c’est une victime en moins !
Il est important de souligner que la Belgique, et Bruxelles en particulier, disposent déjà de dispositifs exemplaires pour accompagner les victimes grâce au travail des associations, de la police, des cellules EVA et des CPVS.
Mais il est temps de franchir une nouvelle étape : s’attaquer aux causes des violences, renforcer les mesures à l’encontre des auteurs et mieux protéger les victimes.
On dit souvent que gouverner, c’est prévoir… Et face aux violences intrafamiliales, nous avons une responsabilité commune qui est non seulement de protéger les victimes, mais aussi de prévenir les violences avant que d’autres vies soient détruites !